John Humphrey: 1905-1995
Lors du décès de John Peters Humphrey le 14 mars dernier, l'Université McGill perdait un de ses diplômés et professeur les plus notables. John Humphrey a écrit les versions préliminaires du document qui est devenu la Déclaration universelle des droits de la personne, ratifiée par les Nations Unies en 1948, à une époque où l'esclavage était toujours légal dans certains pays.
Lauréat de diplômes dans quatre facultés de McGill (administration, arts, droit et études supérieures), M. Humphrey se surnommait souvent : « le doyen manqué », parce qu'il avait accepté un poste aux Nations Unies en 1946, juste après sa nomination à titre de doyen de la Faculté de droit. Ce congé planifié de deux ans est devenu un engagement de 20 ans à préserver et à étendre le rôle de la Division des droits de la personne des Nations Unies. M. Humphrey n'a jamais occupé ses fonctions de doyen.
Né à Hampton, au Nouveau-Brunswick, en 1905, M. Humphrey est devenu orphelin et a perdu l'usage d'un bras lors d'un incendie, alors qu'il avait six ans. Ces événements tragiques ont façonné sa carrière à venir. Dans une entrevue au Toronto Star en 1988, il rappelle les dures leçons qu'il a dû apprendre très jeune.
« C'était difficile de grandir avec un seul bras. Les autres enfants se moquaient de moi... ce qui me faisait perdre mon calme et engager des combats. La vie est dure pour un enfant handicapé. Les enfants peuvent être si cruels. Mais j'ai survécu à tous ces combats et ces expériences de jeunesse m'ont appris sur l'injustice et la nécessité des droits de la personne. »
Il est demeuré dévoué à cette cause tout au long de sa vie. En plus de ses 20 années de service aux Nations Unies, il a fondé la division canadienne d'Amnistie internationale, siégé à la Commission royale sur le statut de la femme et présidé la Fondation canadienne des droits de la personne.
Il y a à peine deux ans, à l'àge de 87 ans, John Humphrey, qui prononçait encore des allocutions à l'Université McGill, s'est rendu au Japon afin de représenter un groupe de femmes coréennes forcées de servir d'esclaves sexuelles par les militaires japonais au cours de la Seconde Guerre mondiale et qui demandaient réparation.
John Humphrey a aussi milité pour le versement d'une compensation aux prisonniers canadiens de Hong Kong qui avaient été maltraités par leurs geôliers japonais.
Parmi les nombreuses distinctions remises à John Humphrey, on retrouve l'Ordre du Canada, le World Legal Scholar Award (Prix mondial d'enseignement du droit), le prix World Federalists of Canada Peace Award (Prix de la paix des fédéralistes mondiaux du Canada) et le Prix de Grand Montréalais.
Les Nations Unies lui ont remis un prix spécial en 1988 à l'occasion du 40e anniversaire de l'adoption de la Déclaration universelle des droits de l'homme qu'il avait contribué à définir. Ce document, qu'Eleanor Roosevelt surnommait « la Grande Charte de l'humanité » et qu'Alexandre Soljenitsyne appelait le plus grand succès des Nations Unies.
Cette même année, la Faculté de droit de l'Université McGill créait le poste de conférencier John Humphrey en droits de la personne, que M. Humphrey a lui-même inauguré en traitant, comme à son habitude, non pas de sa propre contribution à la mise en oeuvre de la Déclaration, mais du potentiel de cette dernière à apporter la paix dans le monde.
The McGill Reporter, mardi 23 mars 1995